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Pourquoi la crise financière a poussé les joueurs espagnols à s’expatrier ?

Le CIES a révélé cette semaine une étude sur le nombre d’expatriés dans les championnats du Big-5 ainsi que leur provenance. Un fait a retenu notre attention : la proportion de joueurs espagnols expatriés a explosé depuis 2009 avec une augmentation de plus de 200% sur la période. Bien que l’article évoque des proximités culturelles (par exemple avec l’Italie) ou des transferts faits sous l’impulsion de membre de staff espagnols eux aussi expatriés, il semble manquer une raison majeure : le nerf de la guerre, l’argent. Analyse.

Une génération dorée entre 2008 et 2012…

De 2008 à 2014, l’équipe d’Espagne a dominé le football mondial et européen remportant deux Championnats d’Europe (Euro 2008 – Euro 2012) et une Coupe du Monde (2010). Cette domination a finalement permis à l’Espagne de concrétiser au niveau mondial ce qui était déjà une évidence au niveau de ses grands clubs locaux. L’Espagne avait donc de très grands joueurs et de très grands clubs pour les faire jouer durant la saison, enfin presque…

En moyenne, sur les trois sélections ayant remporté une compétition internationale entre 2008 et 2012, 14 joueurs évoluaient dans un grand club, pour seulement trois à quatre joueurs évoluant à l’étranger (Angleterre). À titre de comparaison, seuls le Real Madrid, le FC Barcelone et l’Atlético Madrid ont envoyé 14 des 23 joueurs de la sélection espagnole pour la Coupe du Monde 2014, les neuf autres joueurs évoluaient à l’étranger (Angleterre, Allemagne et Italie).

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Victoire de l’Espagne à l’Euro-2012 (Crédit photo : Gabriel Bouys – AFP)

… mais un championnat en difficulté financière !

Avant tout, deux éléments sont importants à avoir à l’esprit pour comprendre les conséquences de la crise sur l’expatriation des joueurs espagnols. D’une part, les places dans les grands clubs sont très chères et donc tout le monde ne peut pas en faire partie. D’autre part, l’Espagne a un championnat à deux vitesses :

  • au-dessus du lot les clubs traditionnellement européens tirés par le tandem Real-Barcelone ;
  • en dessous du lot des clubs dont le niveau ne vaut guère plus que celui d’un club de Ligue 1, mais souffrant d’une fragilité financière plus forte, et donc offrant des perspectives de rémunération plus faibles pour un joueur.

Ainsi, cela signifie que si un joueur échoue à rentrer dans une grande équipe ou y perd sa place, ses perceptives de rémunération s’assombrissent, d’autant qu’il est en compétition avec le reste des joueurs du monde. Et ce, malgré l’abrogation de la loi Beckham en 2010, qui facilitait l’installation de salariés étrangers à hauts revenus en Espagne, comme les footballeurs professionnels.

Dans ces conditions les footballeurs espagnols laissés sur le bord de la route ont dû trouver un emploi à l’étranger en « s’exportant » dans d’autres grands clubs du Big-5, comme le Bayern, Chelsea ou Napoli, où la génération locale est moins talentueuse ou déjà complètement absorbée par les grands clubs.

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(Crédit photo : UEFA.com)

Un cas isolé ?

L’Espagne n’est pas la seule nation européenne à toujours souffrir durement des conséquences de la crise financière de 2008 et à avoir un championnat à deux vitesses. Avec ces critères, deux autres championnats viennent à l’esprit : le Portugal et la Grèce. Ces deux pays souffrent aussi, au delà du football, d’une émigration économique, notamment des jeunes diplômés à la recherche d’emploi au sein de l’Union Européenne, avec de forts taux de chômage domestiques (locaux).

Néanmoins l’expatriation des joueurs portugais et grec au sein du Big-5 n’a augmenté que de 27% et 66%, à comparer aux 241% des espagnols. La faiblesse de ces chiffres est sans doute à chercher parmi les raisons suivantes : championnats secondaires et génération actuelle en moins bonne réussite.

Les joueurs espagnols reviendront-ils au pays ?

Dans l’hypothèse d’une éclaircie économique future ou d’entrée de capitaux frais dans le championnat espagnol (améliorant la solidité financière des clubs), on pourrait considérer que le nombre de joueurs espagnols expatriés pourrait se stabiliser ou diminuer. Mais dans le même temps, les comportements de recherche d’emploi à l’internationale, forcés par la crise domestique, pourraient bien rentrer dans les mœurs. Sans compter sur les habitudes futures de jeunes joueurs avides de compétition et d’expériences nouvelles à l’étranger, que l’on retrouve notamment chez de nombreux jeunes footballeurs français.

Master d‘économie à l’Université de Copenhague depuis 2014. J'ai écris mon mémoire sur la relation entre productivité du travail, âge et expérience en NBA. Je conçois le sport comme un merveilleux champ pour l'économie et les méthodes quantitatives appliquées. En cela, je suis autant intéressé par la recherche empirique que par les questionnement éthiques ayant traits au football moderne.

3 réponses
  1. Patrick
    Patrick dit :

    Je ne savais pas que la situation était aussi inquiétante pour le football espagnol. J’espère que depuis 2014, les choses se sont améliorées. Vu le niveau des équipes actuelles, je pense que c’est le cas.
    Au revoir

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